Un policier admet avoir fait disparaître la contravention d'un mafieux

sq_20120116Au palais de justice de Montréal, un enquêteur de la Sûreté du Québec, Serge Parent, a reconnu lundi qu'il avait fait disparaître une contravention donnée à Francesco Arcadi, un des lieutenants de Nicolo Rizzuto.

Les faits reprochés à Serge Parent se sont produits en juillet 2003, lorsqu'il est intervenu dans ce dossier à la demande de son oncle.

Le policier Parent a toujours soutenu qu'il ignorait qu'il rendait alors service à un membre de la mafia, son oncle lui ayant seulement dit qu'un « ami » avait reçu un billet d'infraction.

Le policier ne s'est pas enquis de l'identité de l'ami et a téléphoné à un collègue pour lui demander « s'il pouvait faire quelque chose ».

Le collègue en question, aujourd'hui décédé, l'a rappelé le lendemain pour lui dire que tout était réglé.

À cette époque, la GRC menait une vaste enquête sur la mafia montréalaise, dont Francesco Arcadi, qui était sur écoute.

C'est grâce à des conversations interceptées que les enquêteurs ont appris qu'Arcadi se servait de ses contacts pour faire annuler une contravention.

Pour ne pas mettre la puce à l'oreille du mafieux, la SQ a attendu jusqu'en 2007 avant de porter des accusations contre le policier Parent.

Serge Parent a d'abord été accusé d'entrave et d'abus de confiance et relevé de ses fonctions.

Lundi matin, la Couronne a accepté de modifier l'accusation et le policier Parent a plaidé coupable à une accusation de vol, pour avoir fait disparaître ce billet.

L'avocat du policier, Me Alain Dubois, demande une absolution conditionnelle pour son client, en arguant qu'il a commis une grave erreur de jugement, mais qu'il a déjà été amplement puni.

Le policier reçoit une demi-solde depuis 2007, toutes ses tentatives pour trouver un emploi se soldant soldées par des échecs, en raison de cette cause pendante devant les tribunaux.

Me Dubois a aussi dit au juge que le policier a fait l'objet d'une enquête approfondie par la Sûreté du Québec, qui voulait s'assurer qu'il ne collaborait pas avec le crime organisé.

Entre 2003 et 2007, on a donc vérifié ses cartes de crédit, ses relations, ses fréquentations, ainsi que ses appels entrants et sortants. Rien n'a finalement démontré qu'il était à la solde de la mafia.

Au contraire, a plaidé l'avocat, Serge Parent était un excellent enquêteur, qui a d'ailleurs eu des promotions au cours de ces années.

La défense a conclu en disant que Serge Parent avait agi spontanément, sans préméditation, et sans en retirer le moindre avantage.

La Couronne estime que la faute est grave de la part d'un policier et que la cour devrait lui imposer une probation au cours de laquelle il devrait effectuer des travaux communautaires.

Serge Parent devra aussi se soumettre au processus disciplinaire, au terme duquel il saura s'il est congédié ou s'il peut réintégrer son poste à la Sûreté du Québec.

Le juge Robert Marchi rendra sa décision le 9 février.

D'après un reportage d'Isabelle Richer

Source: http://m.radio-canada.ca/regions/Montreal/2012/01/16/006-police-mafieux-contravention.shtml